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Septuagénaire

19 Décembre 2013 , Rédigé par Estelle Ogier

Ton homme fête ses soixante-dix ans aujourd'hui ; et toi, tu vis ton quarante-troisième hiver... Comment imagines-tu l'avenir toi qui n'a jamais su compter ? Tu peux seulement le remercier d'exister...

En lui offrant ceci :

Dialogue avec les cieux layettes

Un lieu incertain, un endroit clos par une perspective géométrique tronquée, des motifs célestes peints au mur, un divan, une table basse, des illustrés, un personnage (Sentinelle éveillée) assis roidement de profil fixe son regard sur le plafond, trois personnages (Avachis endormis) à ses côtés, assis de face en une pose sofalesque, les mollets de deux des quatre créatures sont emprisonnés dans le plateau de la table basse...

SENTINELLE. — Après avoir longtemps guetté les paysages extérieurs, leurs cieux layettes, tempêtueux ou rouge feu ou orangés, leurs nuits lunaires, planétaires, météoritiques, cométaires et stellaires... Je désire à présent guetter mon propre mystère enfoui en moi.

AVACHIS. — « Le noir ne résiste pas à la lumière mais la lumière n'est qu'un accident du noir. » (Michel Ogier)

SENTINELLE. — « L'esprit reçoit une infinité d'impressions [...]. Enregistrons les atomes comme ils tombent ; traçons le motif qu'ils dessinent, tout fragmentaire et décousu qu'il paraisse. » (Virginia Woolf)

AVACHIS. — « N'essaie pas d'oublier ! Souviens-toi ! Et ce à quoi tu aspires deviendra réalité. » (Ingeborg Bachmann)

SENTINELLE. — Je recherche la lumière qui s'effondre en moi pour laisser surgir les ténèbres.

AVACHIS. — Nous gardons les yeux fermés car le visible est atroce. Nous prenons la décision de nous aveugler volontairement.

SENTINELLE. — Je reste éveillée pour ne pas me désoler.

AVACHIS. — Nous sommes éreintés.

SENTINELLE. — Je mets fin à la plainte qui me consume en m'installant dans une position confortable et en faisant l'expérience d'une légère transe hypnotique, ma main relâchée reste suspendue au-dessus de ma cuisse.

AVACHIS. — Nous préférons nous endormir en laissant fleurir nos rêves qui feront des bouquets d'espoir.

SENTINELLE. — J'attends qu'expirent les nuages de mes illusions en soupirs de soulagement telle une fine pluie rafraîchissante.

AVACHIS. — Nous sommes rincés.

SENTINELLE. — Je guette l'instant de ma délivrance où je pourrai enfin fixer l'infini sans craind
re de disparaître.

AVACHIS. — Que faut-il faire de nos jours ? Que faut-il faire de nos nuits ?

SENTINELLE. — « Il n'est rien qui ne s'arrange par la pratique du non-agir. » Lao-Tseu

AVACHIS. — Nous sommes des éreintés pessimistes.

SENTINELLE. — Je suis bouleversée en m'approchant d'aussi près que je pourrais presque toucher mes illusions.

AVACHIS. — ...

Pour accompagner cela :

La salle d'attente, huile sur toile, 100x81cm (Michel Ogier)

La salle d'attente, huile sur toile, 100x81cm (Michel Ogier)

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