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Articles récents

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10 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Commençons une expérience chevillardesque qui consiste à relever la dernière phrase de chaque livre, qui s'articule par force avec la première de celui qui le suit sur le rayonnage de ma bibliothèque : Et quand ils le voyaient qui rampait honteusement pour essayer de se glisser entre eux, ils abaissaient vivement leurs mains entrelacées et, tous s'accroupissant ensemble autour de lui, ils le fixaient de leur regard vide et obstiné, avec leur sourire légèrement infantile. (*) Dans cette prison surpeuplée, dont chaque cellule abrite une souffrance, parler de soi est comme une indécence. (*) Il faut qu'ils sachent pourtant ce qui se fait ici EN LEUR NOM. (*) Nous avons coutume ici d'accueillir des enfants, c'est-à-dire de les mettre au monde comme ailleurs on capture des éléphants sauvages. (*) Fermez la porte et ouste ! ordonne le nain assis sur son pot dans le cabinet au géant qui en prend toute la place. (*) Je suis dans la chambre de ma mère. (*) Il ne pleuvait pas (*) 

 

Finissons l'expérience en constatant à quel point la pensée humaine peut être cohérente et complémentaire. Au sein du désordre de ma bibliothèque règne l'ordre de la conscience littéraire qui veille sur nous, bienheureux lecteurs. 

 

Ô blog ! éteins ta flamme jusqu'à samedi. 

 

(*) Aux éditions de minuit, Nathalie Sarraute, Tropismes ; Henri Alleg, La question ; Eugène Savitzakaya, Marin de mon coeur ; Samuel Beckett, Molloy. 


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9 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

le naturiste au

mois de mai fait ce qu'il lui

plaît les fesses à l'air

 

Dans des eaux peu profondes, l'aigrette garzette mâle ébouriffe ses plumes et offre des brindilles, avant l'accouplement, à un sac en plastique blanc qu'elle prend pour sa partenaire. Romance industrielle des étangs. 

 

Les corbeaux reconnaissent les visages humains et transmettent cette information à leur progéniture. Il fallait que vous le sachiez. 

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8 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Canal +, la chaîne rigolote de la vision grolandaise : « Boire de l'eau rend liquide ! »

 

Veuillez vous taire, je vous prie, je souhaiterais écouter ma tristesse pour l'accueillir. 

 

Dans ta main, la mienne... dans ton regard, le mien. Dans le sel de tes larmes, ma peine se conserve - intacte. 

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7 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Je découvre un article sur le site de La Ligue des droits de l'Homme à propos de la bande-dessinée childfree : « Et toi quand est-ce que tu t'y mets ? - 1. Celle qui ne voulait pas d'enfants » (*). L'article relève la question du droit de la femme d'envisager une existence où elle ne serait pas mère et celle du droit de la femme à disposer de son corps. Questions abordées par les auteures de la bande-dessinée. Suis-je idiote ! Je n'envisageais pas ma détermination de nullipare sous l'angle de la loi. Suis-je en infraction ? Ai-je besoin qu'on défende mes droits ? J'ai bien peur que la réponse soit affirmative ! 

 

Nous savons à quoi nous n'avons pas pu échapper mais nous ne saurons jamais à quoi nous avons échappé. Cela explique probablement notre malaise existentiel. 

 

Marie aux toilettes se fâche en pensée puis ouvre au hasard les Cahiers de Cioran : L'Homme est ma bête noire. Marie éclate de rire alors. 

 

(*) de Véronique Cazot (scénariste) et Madeleine Martin (dessinatrice), aux éditions Fluide G, 2011. 

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6 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Nouvelle victoire pour La Leche League (association de mères qui prônent l'allaitement maternel prolongé et qui encouragent ses adeptes à rester à la maison) : sous le regard protecteur d'une madone espagnole, sainte Augustine, qui veillait à l'heureuse délivrance des mères et leur donnait un lait abondant, un fabricant espagnol de jouet vient de lancer une poupée que les petites filles peuvent allaiter. Agathe (*) ! Suzie (*) ! Au boulot ! 

 

« Persistance » n'est pas une entrée dans le dictionnaire éphémère de Marie. 

 

Le peintre s'émeut : 

— Quand j'ai terminé une toile, je suis étonné d'avoir apprivoisé le vide.

La lectrice se plaint : 

— Quand j'ai terminé un livre, je reviens parmi l'activité brouillonne du monde. 

 

(*) Fillettes d'Éric Chevillard. 

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5 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

« Un monde où plus personne ne peut dire une connerie, c'est un monde d'abrutis ! », clame Nicolas Bedos quand sonne mon téléphone portable lorsqu'on désire me joindre pour me déranger. Ainsi la voix de l'humoriste m'avertit-elle que l'interlocuteur importun peut chuchoter des bêtises à mon oreille sans que cela m'effraye. 

 

Sur la plage naturiste, nous nous couchons sur le même lit de sable, entièrement nus auprès d'inconnus. Drôle d'intimité. 

 

Si quotidiennement, une idiote rédige un journal intime, alors elle cesse d'être sotte car en observant le monde - qu'elle occupe - avec l'outil de précision qu'est l'écriture, elle modifie et affine son acuité d'esprit, jusqu'à s'estimer enfin meilleure et le devenir. 

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3 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

A-t-on immergé le mal en jetant le corps du fondateur d'Al-Qaïda dans la mer ou bien a-t-on dilué le mal ?

 

En regardant ce visage étranger qu'on voudrait que je haïsse, je me remémore les Deux Minutes de la Haine du livre 1984 écrit par George Orwell. Je revois (en écriture) au Commissariat aux Archives le visage de l'Ennemi du Peuple jaillir du grand télécran. Je perçois (en écriture) l'hideuse extase qui se répand dans l'assistance. La Haine tourne au délire. Immédiatement, je comprends la nature de la liesse qui emplit les coeurs des américains qu'on a éduqué. 

 

Je répète à voix haute les slogans du Parti imaginés par George Orwell : 

La guerre c'est la paix

La liberté c'est l'esclavage

L'ignorance c'est la force

Je les trouve d'actualité. 

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2 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Il accroche son regard au paysage pour ne plus penser à rien qu'à la couleur des choses. Et les visages peints à l'atelier lui accroche l'oeil depuis leurs ténèbres mystérieuses. Il ne se lasse pas de se laisser fasciner par l'inquiétante étrangeté de leurs regards épouvantés. Il s'imagine autrement qu'humain. 

 

— Marie, je te propose un jeu.

— Lequel ?

— Veux-tu jouer à faire semblant d'être gentille ?

— Non !

 

Deux éternels insatisfaits se rencontrent pour se satisfaire de leur quotidien. Ils peuvent dire adieu à leurs illusions. La réalité dépassera leurs fictions. 

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1 Mai 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

On réduit le nombre de lits dans les hôpitaux publics qui doivent faire du bénéfice mais on agrandit les cliniques vétérinaires. Serait-on en train de laisser la place à nos animaux domestiques ? Demain les chiens (*).

 

« Mais bon, si vous n'avez pas un iDeperlimpinpin, eh bien, vous n'avez pas un iDeperlimpinpin ! » ironise la publicité. Et bientôt, non-mères indignes, entendrons-nous dans nos écrans mugir ces féroces parents : Mais bon, si vous n'avez pas un enfant, eh bien, vous n'avez pas un enfant !

 

Dedans, rester en ma mauvaise compagnie, seule... Dehors, me déplaire en la compagnie de personnes déplaisantes... Que faire ?

 

(*) Clifford D. Simak, Demain les chiens, Science-fiction. Voici les récits que racontent les Chiens quand le feu brûle clair dans l'âtre et que le vent souffle du nord. La famille alors fait cercle autour du feu, les jeunes chiots écoutent sans mot dire et, quand l'histoire est finie, posent maintes questions : « Qu'est-ce que c'est que l'Homme ? » demandent-ils. 

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30 Avril 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Cioran : 

Quelle est votre activité ?

Je déplore.

Marie : 

— Quelle est votre activité ?

— J'évite. 

 

Au bord des routes pendent les ballons dégonflés des anniversaires passés. Les fêtes de l'enfance quand les corps tremblent d'excitation. Je me souviens de cette impatience de la jeunesse, de cette urgence de la nécessité que les désirs soient satisfaits. Aujourd'hui, déjà, que m'importe !

 

Dans la rivière, un garçonnet fabrique un barrage avec des pierres et des morceaux de bois flottés. Demain, jeune ingénieur, il concevra une centrale nucléaire au bord du fleuve dans lequel se jette la rivière où il jouait lorsqu'il n'était encore qu'un enfant. 

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