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Intervalle

11 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Que cette heure abominable décroisse jusqu'à devenir possible, ou croisse jusqu'à devenir mortelle.
Que le matin ne brille plus jamais, et que moi-même, et cette chambre tout entière, et son ambiance à laquelle j'appartiens, que tout se spiritualise en Nuit, s'absolutise en Ténèbre, et qu'il ne reste rien de moi, pas même une ombre qui souillerait, de ma mémoire, ce qui ne mourra peut-être jamais.

Fernando Pessoa — Le livre de l'intranquillité — Édition intégrale — Christian Bourgois éditeur

Marie n'est pas patriote.

Ce lendemain de défaite ne la concerne pas le moins du monde.

Elle en profite pour feuilleter Le livre de l'intranquillité de cet auteur portugais.

Un titre qui pourrait résumer sa propre autobiographie.

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Emballage

10 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Ses secrets partout qu'il expose
Ce sont des oiseaux déguisés
Son regard embellit les choses
Et les gens prennent pour des roses
La douleur dont il est brisé

Louis Aragon — Les oiseaux déguisés (poème mis en musique par Jean Ferrat)

Tu emballes la toile « Les doux yeux du monstre » en pensant que tu emballes aussi « La douleur dont il est brisé ».

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Ruminant

9 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

L'artiste plastique qui prend du recul et cherche à comprendre ce qu'il fait est devant sa toile comme devant une verte et intacte prairie : pour l'écrivain, la matière littéraire qu'il voudrait ressaisir dans sa fraîcheur est déjà pareille à ce qui passe du deuxième au troisième estomac d'un ruminant.

Julien Gracq — En lisant en écrivant — Éditions Corti

Marie, elle, a tout digéré. Croit-elle.

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Le vif du courant

8 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Rien ne compte peut-être chez un romancier que de savoir serrer à chaque instant le courant de vie qui le porte, le vif du courant, lequel, dès que le lit sinue, vient comme chacun sait heurter alternativement l'une, puis l'autre rive, toujours déporté, toujours décentré, et sans se soucier jamais de tenir décorativement le juste milieu.

Julien Gracq — En lisant en écrivant — Éditions Corti

Marie, elle, s'est noyée dans le vif du courant.

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Invécue

7 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Cette aventure du printemps 2017 invécue devient une expérience intérieure vécue.

Une réalité supportable. Un temps favorable. Une retraite volontaire. Un regret acceptable.

Tu connais à présent ton avenir.

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Chouquette

6 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

(à l'heure du thé, la conservatrice mange des chouquettes durant sa permanence à la galerie)

LE VISITEUR ANGLAIS (au milieu des toiles avec un air perdu). — I do not know what I expected ? (je ne sais pas ce que j’espérais ?)

LA CONSERVATRICE (avalant tout rond sa chouquette). — Plaît-il ?

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Pratique

5 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Le notaire te confie qu'il a recours aux techniques enseignées par son thérapeute pour jeter le fruit gâté que sont les mauvaises expériences journalières à la corbeille.

« Et surtout ne pas oublier de vider la poubelle ensuite » ajoute-t-il, convaincu.

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Punition

4 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

L'ÉCRIVAIN (se demandant pourquoi elle n'écrit toujours pas). — Quel est le secret honteux que vous gardez enfoui dans ce silence ?

MARIE (agacée). — Le vôtre.

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Blatte orientale

3 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Alors que tu ouvres la porte basculante du garage, la blatte orientale tente de traverser la pièce. Instinctivement, tu l'écrases avec le pied. Il s'agit peut-être du même individu que tu n'étais pas parvenu à exterminer la veille.

Tu te demandes si la blatte orientale peut être solitaire ou si elle est forcément grégaire.

Par contre, tu sais que les insectes sont lucifuges : tu laisseras dorénavant éclairé le garage.

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Pharmacie

2 Juillet 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

(au comptoir de la pharmacienne)

MARIE (réclamant des papiers pour le remboursement de ses prescriptions médicamenteuses). — Je crois qu'ils finiront par m'anéantir avec leur mauvaise gestion administrative. J'ai l'impression que je ne sortirai jamais du tunnel avec eux.

LA PHARMACIENNE (présentant les papiers et voulant signifier que tout est en ordre mais commettant un lapsus). — Tout est foutu !

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