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Consolation

30 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

« C’est l’atroce vérité. Votre droit de vivre et de respirer dépend de la tolérance de ceux qui pourraient être tentés de vous en priver ; de leur humeur, de leur caprice. Depuis toujours. »

Robert McLiam Wilson — Les Inrockuptibles — 17 novembre 2015

Ainsi comprenons-nous mieux le véritable sens du mot « terreur ».

Cette terreur qui nous appartient en propre.

Inaliénable.

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Dysfonctionnement

29 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

Et soudain, tout dysfonctionne. Rien ne va plus.

La plateforme Internet qui est notre lieu d’expression quotidienne ne répond plus.

Notre bouche est cousue.

Notre révolution numérique matinale n’aura pas lieu.

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Posture

28 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

Marie aura corrigé sa posture autant de fois qu'il est permis dans ce monde libre où elle évolue depuis plusieurs décennies.

Comme bouger dans le lit rend le sommeil plus profond.

Pour combien de temps ce monde libre encore ? Et le sommeil profond ?

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Soif

27 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

Marie ne parvient pas à étancher sa soif. Le vin corrode son esprit inéluctablement.

Marie devrait de nouveau corriger sa posture au quotidien. Mais elle ne sait pas vraiment pour quelles raisons elle agirait dans ce sens. Qu'est-ce qui la pousserait à cesser de se servir ses verres quotidiens ?

Marie a toujours pensé que l'hygiène alimentaire était un gros mot. Mais avec ce régime alimentaire alcoolisé, combien de temps ses organes resteront-ils muets ? Quand se révolteront-ils, soumis qu'ils sont à ce traitement ?

Et son cerveau, de quelles désillusions s'imprègne-t-il artificiellement ?

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Lever du jour

26 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

Rien ne vient au jour avec le lever du jour.

Rien ne s'anime dans la pâleur de l'aube.

Rien ne survient que ton chagrin.

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Procréature (fin)

25 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

« Peu à peu il est aplani, dérangé et détruit dans ses principaux centres "affectifs" et nerveux et ensuite l'Église — une des plus grandes opératrices d'anéantissement — assume (les religions assument) l'anéantissement de "l'âme" de ce nouvel être humain. Par délégation et sur ordre des gouvernements, dans tous les États du monde, les écoles commettent chez ce jeune être humain nouveau le meurtre de "son esprit". »

Thomas Bernhard — Récits 1971-1982 — L'origine — Oncle Franz — Quarto Gallimard

Ainsi s'achève le feuilleton bernhardien qui débuta par notre état d'êtres procréés puis qui se poursuivit avec notre état d'êtres ruinés par l'éducation puis qui s'acheva par le meurtre de notre esprit.

Nous vivons une véritable renaissance en lisant un tel auteur qui nous éclaire sur le chemin formé par la lave à peine refroidie de nos blessures d'enfance.

Nous savons que nous pouvons périr mais nous savons aussi que nous pouvons avancer.

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Procréature (suite 6)

24 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

« Même au risque d'être pris pour fous, nous ne devons pas avoir peur de dire nettement que nos procréateurs, nos parents, ont commis le crime de procréation en tant que crime prémédité de faire le malheur de notre nature. De concert avec tous les autres, ils ont commis le crime de faire le malheur du monde entier qui devient de plus en plus malheureux, exactement comme l'ont fait leurs ancêtres et ainsi de suite. Tout d'abord — et ce processus est un processus animal — l'être humain est engendré et enfanté comme un animal et il est toujours uniquement traité en animal. Que cet être soit aimé, choyé ou tourmenté, ses procréateurs en qualité de parents ou leurs représentants totalement, intégralement stupides, non éclairés, qui poursuivent leurs desseins égoïstes lui donnent à manger et le traitent stupidement et égoïstement comme un animal, du fait de leur propre défaut d'amour effectif, de connaissance de l'éducation et de disponibilité pour l'éducation. »

Thomas Bernhard — Récits 1971-1982 — L'origine — Oncle Franz — Quarto Gallimard

L'écrivain persiste et signe en se soumettant à ses obsessions qui deviennent les nôtres durant la lecture.

Mais nous ne refermerons jamais le livre qui est celui de L'origine, notre origine que nous remettons sans cesse en question.

Quelle volonté mystérieuse nous a poussé à répondre positivement au désir du couple parental ?

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Procréature (suite 5)

23 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

« Mais les cerveaux éclairés n'éclairent pas et la société humaine s'anéantit, c'est certain. Mes procréateurs aussi, en qualité de parents, ont agi ainsi, inconsidérément, dans un accord apathique avec tout le reste de la masse humaine répandue sur le monde entier : ils ont fait un être humain et, depuis l'instant de sa procréation, ils ont pratiqué son abêtissement et son anéantissement. Dans ses trois premières années tout a été détruit et anéanti chez cet être humain comme dans tout autre, recouvert, comblé hermétiquement, comblé avec une telle brutalité qu'il a fallu trente ans à cet être humain, totalement recouvert de décombres par ses procréateurs, ses parents, pour écarter les décombres sous lesquels ses procréateurs, ses parents, l'avaient hermétiquement recouvert, afin qu'il redevienne l'homme que ses propres procréateurs, ses parents, avaient hermétiquement recouvert de leur ordure séculaire, leur ordure affective et intellectuelle considérée comme de l'ignorance. »

Thomas Bernhard — Récits 1971-1982 — L'origine — Oncle Franz — Quarto Gallimard

Il se pourrait que nous n'eussions jamais la force de quitter les ruines parentales et que nous y trouvassions encore un abri.

Il se pourrait que nous ne construisissions jamais aucun autre abri pour héberger notre désespoir que les ruines parentales.

Il se pourrait que nous n'explorassions d'autres contrées que celles dévastées des illusions parentales.

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Procréature (suite 4)

22 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

« Depuis l'instant de sa naissance le nouveau-né est livré à des procréateurs abêtis et non éclairés, ses parents. Dès le premier instant, il est façonné par ces procréateurs abêtis et non éclairés, ses parents, pour devenir un être humain tout aussi abêti et non éclairé. Ce processus monstrueux et incroyable est devenu une habitude dans les siècles et les millénaires de la société humaine, cette société s'est habituée à cette habitude, elle ne pense nullement à y renoncer. Au contraire cette habitude s'intensifie de plus en plus, elle est parvenue à son apogée en notre temps car en aucun temps on n'a fait des êtres humains et des millions et des milliards d'êtres humains — la population mondiale — avec moins de scrupules, plus de bassesse, d'infamie et de cynisme qu'en notre temps, bien que la société sache depuis bien longtemps que ce processus, considéré comme une infamie mondiale, signifiera la fin de la société humaine si l'on n'y met pas un terme. »

Thomas Bernhard — Récits 1971-1982 — L'origine — Oncle Franz — Quarto Gallimard

Lanceur d'alerte l'écrivain lucide qui fracasse nos certitudes en nous annonçant avec L'origine la fin de ce que nous connaissons.

Je me sens parfois tel un visionnaute qui explore journellement une vision enfantine quand je fis le choix intérieur de renoncer à la maternité.

Ce que c'est d'avoir été élevée quelques années par une veuve qui mourrait jeune.

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Procréature (suite 3)

21 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

« Il n'existe absolument pas de parents, il n'existe que des criminels en tant que procréateurs de nouveaux êtres humains, des procréateurs qui agissent avec toute leur absurdité et leur stupidité contre ces nouveaux êtres humains procréés par eux. Ils sont soutenus dans cette pratique criminelle par les gouvernements qui n'ont pas d'intérêt "pour l'être humain éclairé, donc effectivement conforme à son époque", parce que celui-ci va à la rencontre de leurs desseins. C'est ainsi que des millions et des milliards de débiles mentaux produiront vraisemblablement durant des décennies et peut-être encore des siècles des millions et des milliards de débiles mentaux. Dans ces trois premières années le nouvel être humain est façonné par ses procréateurs ou leurs représentants pour devenir ce qu'il devra être sa vie entière, qu'il ne pourra pas changer, changer par rien : "une nature malheureuse sous forme d'un être humain totalement malheureux", que cette nature malheureuse sous forme d'un être humain malheureux l'admette ou non, ait la force de l'admettre ou non, ait la force ou non d'en tirer les conséquences, que cet être humain en tant que nature dans tous les cas malheureuse conçoive absolument ou non, ne serait-ce qu'une seule fois, une inquiétude car, nous le savons bien, la plupart de ces natures malheureuses sous forme d'êtres humains malheureux et inversement ne conçoivent absolument jamais cette inquiétude dans leur vie et dans leur existence. »

Thomas Bernhard — Récits 1971-1982 — L'origine — Oncle Franz — Quarto Gallimard

L'intimité avec la pensée bernhardienne peut être véritablement dérangeante et troublante, presque pornographique.

Nous pouvons ressentir une excitation presque honteuse à la lecture des phrases bernhardiennes.

Nous assistons à une orgie de sens qui réveille notre conscience.

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