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En attendant Lorette Nobécourt... Je lis.

12 Août 2013 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Cette adresse : « En vivant, en écrivant », 7 rue du Portail Neuf, 26220 Dieulefit, m'intrigue. Je parcours des yeux les dos des livres de mes bibliothèques à la recherche, inconsciente, d'un titre : je découvre un livre intitulé : En vivant, en écrivant, écrit par Annie Dillard aux éditions Christian Bourgois Éditeur. Il me fut offert par une amie que j'ai délaissée aujourd'hui depuis de nombreuses années. Elle me le dédicaça affectueusement : « À ma douce amie, M. » Ce livre comporte les stigmates de ma lecture passée : de profondes marques de stylo-bille salissent les pages en soulignant certaines phrases ou en entourant des paragraphes entiers. Des mots ont été recopiés dans les marges par ma main. Quelle trouvaille ce livre, quelle joie de se livrer aux délices de la serendipité ! Quand le hasard rejoint la nécessité tout est dévoilé.
« L'oreille du lecteur doit se déshabituer de la vie tonitruante pour saisir les sons subtils et imaginaires du mot écrit. » remarque Annie Dillard. Puis elle ajoute : « Qui qualifierait de bonne une journée passée à lire ? Mais une vie passée à lire — voilà une bonne vie. » Et précise : « Pourquoi lisons-nous, sinon dans l'espoir d'une beauté mise à nu, d'une vie plus dense et d'un coup de sonde dans son mystère le plus profond ? »
Combien de temps encore me détournerai-je de mon vide ? Est-ce que je l'affronte vraiment en lisant ?
Si effectivement, « Il est aisé, après tout, de ne pas être écrivain. La plupart des gens ne sont pas écrivains et il leur arrive fort peu de malheurs. » selon Julian Barnes dans son livre intitulé Le perroquet de Flaubert, je peux alors me contenter de mes lectures pour habiter avec moi-même et oser occuper mon propre espace.
Ces lectures qui distillent en moi le poison de la liberté. J'ai chu de ma falaise intérieure pour m'écraser ensuite au fond de l'impasse où je trouve ce que je ne cherche plus : l'illumination de mes ténèbres. Je résous mes énigmes existentielles en lisant. Mais que fais-je en n'écrivant pas ? Qu'attends-je ? Pourquoi rester sourde au son de ma propre langue ? Ai-je tenté d'éteindre en moi depuis des années le feu de la vie pour que cesse la souffrance ? Je m'approprie plus aisément la pensée des écrivains dont je choisis de lire les œuvres que je ne m'assimile ma propre personnalité. Pour quelles raisons devrais-je écrire alors ? Est-ce que je freine mon élan vital en me retenant d'entamer un digiscript par l'ouverture d'un nouveau document sur ma tablette magique ?
Ne suis-je donc pas encore parvenue à m'approprier mon propre corps pour ne pas éprouver le besoin impérieux de m'approprier ma langue maternelle ? La langue de ma mère morte... Ma langue morte.

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