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8 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

À Tunis, avenue Habib Bourguiba, la librairie « Al Kitab » crée l'événement en présentant en vitrine des livres avec un écriteau : spécimens, livres interdits

 

Je me réjouis intérieurement d'avoir accès à tous les livres même à ceux d'Alexandre Jardin, prosateur infantile - selon une étude chevillardienne approfondie. 

 

Qui serais-je ailleurs, dans un autre pays que celui de ma naissance ? une ombre projetée sur les murs de l'oppression - probablement. 

 

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7 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Vivant sur le littoral méditerranéen, je ressens la pression démographique, je sens la population enfler dans mon dos... Les femmes tombent enceintes, les maternités augmentent leur nombre de lits, les poussettes envahissent les trottoirs et les chemins, les nouveaux élèves emplissent les salles de classe et les cours de récréation. Des complexes de loisirs, des centres commerciaux, des résidences et des villas sécurisées sont érigés à la gloire des nouveaux arrivants. Tous les terrains ne sont plus vagues. J'assiste à la frénésie humaine du peuplement et du comblement. 

 

Les gens s'encaquent, en vrais harengs serrés, dans la zone littorale. Gare à la noyade !

 

Ce matin, elle apprécie la saveur très marquée de ses échecs. 

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170

6 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Soudain, j'ai souvenance d'un lieu d'enfance : j'entre alors dans un monde parallèle, je suis brusquement téléportée mentalement à l'endroit où je jouais pieds nus dans l'eau de la rivière aux galets plats. Cette eau qui rafraîchissait mon corps bouillant de fillette et qui fait trembler maintenant mes jambes frileuses. 

 

« T'entends les pommes ? t'as vu c'te odeur ! »

 

Elle est une femme inhibitionniste qui ne se sent pas de plain-pied avec le personnage qu'elle doit interpréter en jouant son rôle dans la comédie humaine. 

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5 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Pourquoi ne demeure-t-elle pas la joie ? pourquoi nous empoisonne-t-on la joie ? pourquoi perdons-nous toute joie ? pourquoi ne sommes-nous pas plongés dans un océan de joie ? pourquoi ne nous en donnons-nous pas à coeur joie ? pourquoi ne revient-elle jamais la joie - intacte ?

 

Un couple de personnes âgées - assis sur les marches d'escalier au seuil de sa porte d'entrée ouvrant sur le trottoir bordant la rue embouteillée - n'a rien d'autre à faire de ses jours que de rester immobile dans les vapeurs du monde moderne qui l'ignore. 

 

130) L'exhausteur de goût de vivre. (*)

 

(*) poursuite de la liste du billet 164.

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168

4 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

[Bienvenue à Joachim Séné aujourd'hui...]

 

Antiptyque, où Cornaline prend des risques.


Comme un souvenir en contre-plongée, aux couleurs estompées, à la douceur et à la simplicité palpables, qui revenait sans raison et, pendant ce temps infiniment court tel celui qu'il faut au sang pour, de la tête, redescendre au cœur, notre marche s'arrêtait, ou nous levions les yeux du livre en cours de lecture, ou nous arrêtions de penser à ce qui nous occupait l'instant d'avant et, aussi vite que cela était apparu, l'image repartait dans un pli ; et nous aurons beau chercher à tâtons ce pli sous l'écorce de notre crâne, nous ne trouverons rien que le connu et le sec, enrichi de la connaissance d'un état de jadis, inaccessible désormais.


À la table de travail, pour des devoirs, un dessin ou une bande dessinée qu’on lit, enfant discret d’un village isolé, dans le silence d’un dimanche après-midi lever le nez de la page et regarder la pièce autour de soi comme pour la première fois, avec une impression de jamais-vu qui fait nous sentir étranger à notre propre chambre, que nous connaissons pourtant de tout temps. Imaginer l’automne derrière les rideaux de tulle, la lumière voilée de l’après-midi brumeux éclaire les meubles, les murs, sans netteté et de manière reposante, discrète, la couleur de l’ombre ne tranche pas avec celle du mur, souligne simplement l’existence d’objets immobiles, immobiles davantage par le silence et le terne que par leur état d'objet. Tel bibelot coloré, soudain réduit comme jamais à sa condition de matière, son figé comme une image de cette chambre, photographie prise jadis que nous aurions sous les yeux en nous devinant nous-mêmes hors-champ de l’image, aussi vieux que l’image pourtant sans jauni, mais avec un âge plus sensible encore par le fait des couleurs pourtant là et, surtout, par une autre chose, inexplicable, de plus forte, de plus implacable, comme l’âge même, comme le temps même et pas seulement ses traces. Se ressentir physiquement soi comme part de ce décor qui sera là dans dix mille ans, qui était là dès l’origine de l’Univers chiffré quelque part dans les particules originelles et devant aboutir à ce qui nous tient lieu de vie, ici, dans cette campagne, derrière ces murs de briques et ce papier peint orange à motifs de fleurs d’un autre temps. Une fois encore, une heure ou deux plus tard, relever la tête et voir l’ombre des choses au même endroit, preuve qu’ici le temps ne s’écoule pas et simplement prendre connaissance de ce fait, de cette révélation cardinale alors que ce n’est que la lumière indirecte des nuages, de la brume, du sol vitreux dehors, qui s’écoule dedans, le soleil dilué dans l’humidité de la saison, la fenêtre seule responsable de ce temps arrêté, ne pas s’en apercevoir, en rester à l’explication animiste et latente qu’on s’en est faite sans même se le dire vraiment, que le temps ne coulait pas et que nous serions, à jamais, enfant.


Après neuf mois hors du ventre maternel, Cornaline va désormais seule de pièce en pièce, quatre-pattant au mépris des 806 lois de sécurité intérieure du foyer, sans jamais toutefois oublier d'avoir à portée de ses mains potelées un objet rose à genciver.

Joachim Séné. 

 

[Vous me trouverez aujourd'hui dans le cadre des « Vases communicants » chez Joachim Séné.]

 


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3 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Les lumières artificielles du centre commercial fardent outrageusement les visages grotesques des humains guidés par leur ennui-caddie à roulettes qui glisse de travers. De la tristesse en promotion. 

 

La frénésie des courses alimentaires : remplir notre chariot de denrées qui nous font périr. Cette nourriture industrielle dont nous mourons en nous faisant du mouron. 

 

À la caisse « moins de 10 articles » un enfant - encagé dans un chariot métallique - écrase volontairement avec ses pieds les brioches comestibles, molles et plastifiées de son goûter. 

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166

2 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Il rate tout avec une telle obstination qu'il pourrait réussir à rendre sublime l'imperfection. 

 

La sagesse voudrait que nous ne menions pas la vie qui nous est donnée à la naissance. Ne rien faire qui enclenche le désir qu'il faudra ensuite nourrir et satisfaire - inlassablement. Trop tard, le plaisir imprègne déjà notre chair foetale qui le mémorise. Nous vouerons désormais notre existence à sa recherche. Pauvre de nous !

 

Elle se demande jusqu'où elle n'ira pas...

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1 Février 2011 , Rédigé par Estelle Ogier Publié dans #childfree

Trois cormorans posés sur un rocher basaltique d'un filon de mer sèchent leurs ailes noires ; leurs silhouettes immobiles pareilles à des statues de lave refroidie se détachent sur l'horizon gris : une oeuvre érigée par le hasard et célébrant l'attente douloureuse. 

 

Quelle ne fut pas ma perplexité en ne lisant sur mon carnet de nuit qu'un triangle contenant un point d'exclamation ? Quel signal m'envoyai-je des profondeurs du sommeil ?

 

Elle fantasme sur la vie des autres afin qu'ils se ressemblent mieux. 

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