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Auto-observation

4 Novembre 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

A un certain niveau de connaissance de soi-même, les autres phénomènes secondaires étant favorables à l'observation, on en viendra invariablement à se trouver exécrable. Pour mesurer le bien — et quelle que soit la diversité des opinions à ce sujet — tout étalon sera jugé trop grand. On se rendra compte qu'on n'est rien de plus qu'un nid à rats peuplé d'arrière-pensées. L'acte le plus infime ne sera pas exempt de ces arrière-pensées. Elles seront si sales que, dans l'état d'auto-observation où l'on se trouve, on se refusera à les examiner jusqu'au bout et l'on se contentera de les contempler de loin. Ce n'est pas que ces arrière-pensées relèvent simplement de l'égoïsme, comparé à elles, l'égoïsme apparaîtra comme un idéal de Beau et de Bien. La boue qu'on trouvera sera là en son propre nom, on constatera qu'on est venu au monde tout dégouttant de ce mal et que, par sa faute, on repartira méconnaissable ou bien trop facile à reconnaître. Cette boue sera le terrain que l'on trouvera tout au fond, car le terrain le plus profond ne contiendra pas de la lave, mais de la boue. La boue sera tout en bas et tout en haut, et les doutes de l'auto-observation eux-mêmes ne tarderont pas à devenir aussi débiles et complaisants que les dandinements d'un porc dans le fumier.

Franz Kafka — Journal — Les Cahiers Rouge Grasset

Ainsi avançons-nous, aveugles, inélégants, grotesques au cœur du mystère jusqu'au dégoût. 

Rien ne nous paraît plus éloigné que la joie. 

Inactuelle. 

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