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Peur

21 Mai 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

La guerre ! Je me remis à y penser. Elle arrive, c'est sûr. Mais qui a peur de la guerre ? C'est-à-dire, qui a peur des bombes et des mitrailleuses ? Vous, dites-vous. Oui, j'en ai peur, comme en ont peur tous ceux qui les ont connues. Mais ce n'est pas la guerre qui compte, c'est l'après-guerre. Le monde vers lequel nous glissons, monde de la haine, monde des slogans. Chemises de couleur uniforme, fer barbelé, matraques. Cellules où l'ampoule électrique se consume jour et nuit, policiers guettant votre sommeil. Et les défilés et les affiches montrant des visages gigantesques, et les foules, millions de gens, acclamant le Chef, s'assourdissant jusqu'à croire qu'elles le vénèrent, et tout ce temps, au fond d'elles-mêmes, le haïssant à en vomir. Tout cela va arriver. A moins que... ? Certains jours je pense que c'est impossible, d'autres, que c'est inéluctable. Ce soir-là, en tout cas, je savais que ça allait arriver. C'était inscrit dans la voix du petit conférencier.

Georges Orwell — Un peu d'air frais — Éditions Ivrea

En lisant Un peu d'air frais de Georges Orwell, je retrouve la voix murmurante de Winston Smith (1984) dans celle de George Bowling, un autre antihéros.

Je ressens une immense joie à revivre une complicité intime avec un personnage orwellien.

Une intimité charnelle et spirituelle qui me marqua au fer rouge dès l'adolescence avec la première lecture de 1984 : ma conscience s'éveilla avec ce livre ou devrais-je dire à cause de ce livre.

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