Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Procréature (suite 3)

21 Novembre 2015 , Rédigé par Estelle Ogier

« Il n'existe absolument pas de parents, il n'existe que des criminels en tant que procréateurs de nouveaux êtres humains, des procréateurs qui agissent avec toute leur absurdité et leur stupidité contre ces nouveaux êtres humains procréés par eux. Ils sont soutenus dans cette pratique criminelle par les gouvernements qui n'ont pas d'intérêt "pour l'être humain éclairé, donc effectivement conforme à son époque", parce que celui-ci va à la rencontre de leurs desseins. C'est ainsi que des millions et des milliards de débiles mentaux produiront vraisemblablement durant des décennies et peut-être encore des siècles des millions et des milliards de débiles mentaux. Dans ces trois premières années le nouvel être humain est façonné par ses procréateurs ou leurs représentants pour devenir ce qu'il devra être sa vie entière, qu'il ne pourra pas changer, changer par rien : "une nature malheureuse sous forme d'un être humain totalement malheureux", que cette nature malheureuse sous forme d'un être humain malheureux l'admette ou non, ait la force de l'admettre ou non, ait la force ou non d'en tirer les conséquences, que cet être humain en tant que nature dans tous les cas malheureuse conçoive absolument ou non, ne serait-ce qu'une seule fois, une inquiétude car, nous le savons bien, la plupart de ces natures malheureuses sous forme d'êtres humains malheureux et inversement ne conçoivent absolument jamais cette inquiétude dans leur vie et dans leur existence. »

Thomas Bernhard — Récits 1971-1982 — L'origine — Oncle Franz — Quarto Gallimard

L'intimité avec la pensée bernhardienne peut être véritablement dérangeante et troublante, presque pornographique.

Nous pouvons ressentir une excitation presque honteuse à la lecture des phrases bernhardiennes.

Nous assistons à une orgie de sens qui réveille notre conscience.

Partager cet article