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Articles récents

Je t'aime

29 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Elle envoie sans réfléchir un sms, un court message depuis son téléphone portable sur celui de son bien-aimé : « Je t'aime ».

Ainsi croit-elle ingénument qu'elle effacera d'un trait de texto le vilain souvenir lié à son attitude inconsciente, blessante et mordante qu'elle eut matinalement.

Matinalement ? Journellement plutôt !

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Vélocipède

28 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Marie devrait remonter sur sa bicyclette en attendant qu'elle puisse de nouveau marcher sans risque après l'entorse qu'elle a subie.

Mais cette machine roulante lui paraît infernale, lourde, encombrante, dangereuse... La vitesse l'effraie. L'idée d'une probable chute l'obsède.

Marie restera au calme avec son pied blessé entouré d'une poche glacée.

Elle progressera dans ses lectures en cours — rassurée.

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Insoluble

27 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

(Pourtant il existe un dehors où s'échapper de la suffocation et de la folie objective de ce monde hermétique, mais c'est presque insoluble : il faudrait pour le chercher ressentir la souffrance d'y être enfermé, et la conscience que ce soit par cette raison de la vie moderne elle-même, si analgésique, et ce serait par là être a priori complètement inapte à celle-ci, et donc en souffrir d'autant mieux, et dans ce cas il y a peu de chance qu'on puisse être resté sain d'esprit ou même qu'on soit encore vivant.)

Baudoin de Bodinat — La Vie sur Terre — Réfexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes — L'Encyclopédie des Nuisances

Marie pense être encore vivante mais par contre ne croit pas être restée saine d'esprit.

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Ivresse

26 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

(Deux jeunes hommes ivres au petit matin déambulent sur l'allée qui mène à la plage et s'arrêtent devant mes fenêtres ouvertes.)

LE JEUNE HOMME (le moins ivre). — C’est un bar ici ?

MOI (tel un fantôme dans mon peignoir blanc).— Non, une maison hantée !

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Loi de Moore

25 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Et en lisant que par vérification de la loi de Moore, voulant le doublement de la puissance de calcul tous les dix-huit mois, nous en étions déjà aux Gigaflops dans les ordinateurs de bureau, j'ai repensé à ce théorème d'Edgar Poe, dans Eurêka, selon quoi A mesure que diminue ce qui reste à accomplir, nous voyons augmenter, dans la même proportion, la vitesse qui précipite les choses vers la fin ; et désormais regardant sans impatience tous ces gens dans la rue parlant au téléphone je me souviens de cette loi de la cybernétique, un peu négligée de nous jours, voulant que « la quantité d'information exigée est une mesure de la tendance de la machine au dérèglement » ; et aussi qu'en application de celle de Moore nous en sommes bientôt par miniaturisations successives aux nanoprocesseurs, à l'ordinateur moléculaire dans une tête d'épingle et qu'à la génération suivante cette insatiable raison artificielle disparaît dans le vide quantique.

Baudoin de Bodinat — La Vie sur Terre — Réfexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes — L'Encyclopédie des Nuisances

Marie s'emerveille de sa disparition prochaine.

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Jeux d'enfance

24 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

(à l'heure de la méridienne sur la plage deux fillettes amies jouent à la poupée sous la surveillance d'une jeune mère)

THÉANY (un peu courroucée s'adressant à la jeune mère de son amie). — Maïko ne sait pas jouer au poupon, elle le tient par le pied !

MAÏKO (impassible en haussant les épaules). — Oh ! pas grave...

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Message céleste

23 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Je décèle ce matin dans les cris des goélands une agitation nouvelle et extraordinaire.

Leurs cris plaintifs et leurs ricanements sonores emplissent le ciel d'aurore.

J'écoute attentivement au cas où je percevrais un message de leur part.

Trop tard... Un troupeau d'humains ivres imitent les cris des goélands et c'est la cacophonie .

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Inventaire

22 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Et j'ai pensé que tous ces livres antérieurs à la société planétaire ne pouvaient pas nous renseigner sur ce que nous sommes, sinon par défaut : en nous faisant souvenir de tout ce qu'il nous est refusé d'être ; dont ils sont l'inventaire fatigant.

Baudoin de Bodinat — La Vie sur Terre — Réfexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes — L'Encyclopédie des Nuisances

Marie regarde par la fenêtre et voit un homme vêtu de noir, assis sur une chaise roulante, qui progresse difficultueusement sur l'allée caillouteuse et cabossée qui mène à la plage volcanique. À la croisée des chemins, il semble hésiter quant à la direction à prendre au moment de croiser un joggeur qui arrive dans la direction opposée. L'homme assis fait un signe à l'homme debout, qui s'arrête pour le renseigner, semble-t-il. Après un court échange de paroles et de gestes, le joggeur passe derrière le fauteuil de l'homme vêtu de noir et le pousse sur le chemin qu'il vient de parcourir en courant. Le joggeur ne court plus vers son but mais accompagne l'homme au fauteuil roulant jusqu'au sien. Admirable.

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Quelque chose

21 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

& à ce propos je me suis demandé ce que nous avions perdu exactement en perdant le silence — outre la simple tranquillité, ou faculté de penser à quoi que ce soit —, quelles impressions sans doute profondes, quels contacts peut-être médiumniques avec le monde qui est là autour de nous, avec la nature des choses, quelle espèce de sensation physique immédiate d'exister, désormais assez peu concevables et dont, s'il se trouve, nous ne voudrions plus ? Car enfin, après tout, l'histoire des hommes jusqu'au XXe siècle s'est accomplie au sein d'un immense silence terrestre comme sous ces ciels de beau temps aux cumulus lentement chassés par le vent et dessous quoi résonnaient les bruits simples et identifiables de leurs activités avec des outils à main, leurs voix humaines, les cris des animaux alentour, le pas des chevaux, etc., les cloches faisant résonner loin le sentiment religieux, etc., et à y songer d'ici, il semble que les travaux les plus modestes ou prosaïques de la vie quotidienne en recevaient une sorte de dignité, de conscience ; et sous le ciel muet, sur ce fond sans limites, parfois des chansons, des musiques produites avec des instruments, alors saisissantes et s'emparant de toutes les fibres sensibles pour un moment de véritable transport, de délivrance tout à coup de quelque chose comme d'une fatalité, d'être enfin pour un moment dans un monde exclusivement humain.

Baudoin de Bodinat — La Vie sur Terre — Réfexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes — L'Encyclopédie des Nuisances

Marie sursaute : deux chats sous ses fenêtres se bagarrent, leurs feulements insupportables.

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Résistances

20 Août 2016 , Rédigé par Estelle Ogier

Ainsi au-dehors tout est lumières vives, baies vitrées, installations sanitaires immaculées, clarté rationnelle des voies de circulation, écrans géants, corps nus se désinhibant au grand jour, sports énergiques, tandis qu'au-dedans les années s'y succèdent en d'étroites ténèbres ; et j'ai pensé que les troubles névrotiques constituaient des résistances malheureusement aveugles à cet aveuglement.

Baudoin de Bodinat — La Vie sur Terre — Réfexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes — L'Encyclopédie des Nuisances

Marie le savait : elle fait de la résistance.

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